Les SSD SAS et NVMe occupent aujourd’hui des rôles distincts dans les infrastructures professionnelles, où la maîtrise de la latence, de l’endurance et de la disponibilité conditionne directement les performances applicatives. Les environnements virtualisés, les bases de données transactionnelles, les pipelines IA et les services critiques ne réagissent pas de la même manière selon la technologie de stockage utilisée. Le SAS reste privilégié pour sa stabilité, sa compatibilité étendue et sa fiabilité éprouvée dans les architectures SAN et les serveurs à haute densité. Le NVMe, conçu pour exploiter pleinement le bus PCIe, apporte une réduction drastique de la latence et un parallélisme extrêmement élevé, indispensable aux workloads intensifs. Comprendre les différences structurelles entre ces deux approches permet d’optimiser les ressources, de limiter les goulets d’étranglement et d’adopter une stratégie de stockage cohérente et durable.

Quelles différences techniques entre SSD SAS et SSD NVMe ?

Choisir entre SSD SAS et SSD NVMe implique de comprendre deux architectures radicalement différentes. L’une (SAS) repose sur une évolution du protocole SCSI conçu pour le traitement séquentiel et la fiabilité en environnement serveur. L’autre (NVMe) exploite directement le bus PCI Express, avec un protocole allégé pensé pour le parallélisme massif et la latence minimale. Ces choix d’architecture influencent directement la performance, la scalabilité, la charge CPU, la compatibilité matérielle et la résilience globale.

Interface, protocole et architecture interne

L’interface SAS utilise un protocole hérité de SCSI, optimisé pour la fiabilité, la gestion d’erreurs et le fonctionnement 24/7. Elle s’appuie sur un contrôleur RAID ou HBA dédié, capable de traiter simultanément plusieurs centaines de commandes et de garantir un haut niveau de résilience. La mécanique interne privilégie la cohérence et la continuité de service, ce qui explique la longévité reconnue des SSD SAS dans les environnements critiques.

NVMe utilise une approche entièrement différente : le protocole a été conçu pour exploiter le bus PCIe sans couche intermédiaire lourde. L’accès à la NAND est traité à travers une multitude de files d’attente, permettant un parallélisme nettement supérieur. L’architecture utilise moins d’instructions et réduit les transferts inutiles entre le contrôleur et le CPU. Résultat : une latence bien plus faible, même sous forte charge, et une capacité à absorber des workloads intensifs (VM denses, OLTP, IA) que SAS ne peut pas égaler.

Le protocole NVMe supporte également des extensions modernes (Namespace Management, End-to-End Data Protection, Persistent Memory Regions) qui s’intègrent dans les stratégies de stockage software-defined des datacenters actuels. SAS reste très robuste, mais NVMe est plus évolutif, plus flexible et mieux aligné sur les architectures compute modernes.

Latence, débits et files d’attente selon les workloads

Un contrôleur SAS traite généralement quelques centaines de commandes par file d’attente, avec un nombre limité de files. NVMe, quant à lui, peut gérer jusqu’à 64 000 files d’attente contenant jusqu’à 64 000 commandes chacune. Cette différence structurelle se traduit directement par une meilleure exploitation des cœurs CPU, une réduction des temps d’attente et une augmentation du débit global, notamment en environnements fortement parallélisés.

En termes de latence, un SSD SAS tourne en général entre 200 et 400 microsecondes pour les opérations courantes, tandis qu’un SSD NVMe PCIe Gen4 descend couramment sous les 50 microsecondes. La différence, bien que faible en valeur absolue, devient déterminante sur des millions d’opérations par seconde, notamment pour les bases OLTP, les moteurs de recherche internes, l’analytique en flux continu ou les clusters Kubernetes qui sollicitent intensivement le stockage.

Pour les workloads séquentiels, SAS reste performant et stable, mais NVMe domine dès que le parallélisme augmente : virtualisation dense (VDI/VM), caches d’application, ingestion massive de données, IA/ML et traitements distribués. SAS conserve l’avantage sur certains workloads strictement linéaires et faiblement parallélisés, où la priorité est la constance plutôt que la performance brute.

Dans quels cas les SSD SAS restent-ils plus avantageux en entreprise ?

Bien que les SSD NVMe dominent les charges de travail intensives, les SSD SAS conservent une place stratégique dans de nombreuses infrastructures. Leur architecture orientée fiabilité, leur comportement prévisible sous charge et leur compatibilité étendue avec les écosystèmes SAN et RAID traditionnels en font une solution privilégiée pour les environnements où la continuité de service prime sur la performance brute. Leurs avantages se manifestent notamment dans les contextes multi-bay, les clusters de stockage éprouvés et les environnements où la gestion des risques est un critère majeur.

Fiabilité, endurance et fonctionnement 24/7

SSD Samsung PM9A3 avec technologies DEFEND et SAFE.

SSD Samsung PM9A3 avec technologies DEFEND et SAFE pour plus de fiabilité.

Les SSD SAS sont conçus pour fonctionner en continu dans des environnements à forte contrainte : serveurs critiques, baies SAN, clusters haute disponibilité ou solutions d’archivage actif. Leur protocole offre un contrôle d’intégrité plus poussé, des mécanismes d’erreur avancés et une meilleure détection des défaillances que les interfaces grand public. De plus, leur conception privilégie une endurance stable au fil du temps, avec des cycles d’écriture réguliers et prévisibles.

La fiabilité SAS reste un critère déterminant pour les environnements soumis à des exigences réglementaires ou opérationnelles strictes : traçabilité, rétention longue durée, disponibilité garantie ou continuité d’activité. Même si NVMe a fortement progressé, les modèles SAS conservent un comportement plus constant sous des charges mixtes ou prolongées, ce qui réduit le risque de dégradation progressive des performances.

L’endurance SAS est également appréciée dans les workflows où les écritures soutenues priment sur les pics de performance, comme les serveurs de logs, les systèmes de messagerie volumique, les sauvegardes rapides-to-disk ou la consolidation de données. Leur MTBF (temps moyen entre pannes) et leur mécanisme d’isolation des erreurs restent supérieurs à ceux de nombreux SSD NVMe destinés au même segment.

Compatibilité avec les serveurs, baies et contrôleurs RAID

La compatibilité matérielle est l’un des atouts majeurs des SSD SAS. Ils fonctionnent nativement avec la grande majorité des serveurs rack, châssis blade, baies SAN, contrôleurs RAID matériels et enceintes de stockage traditionnelles. Cette intégration homogène garantit un déploiement prévisible, sans mise à jour intrusive de firmware, sans contrainte d’emplacement PCIe et sans dépendre des capacités NVMe spécifiques d’un châssis.

Dans les environnements nécessitant des dizaines voire des centaines de disques, SAS reste plus flexible en matière d’adressage, de câblage, de hot-swap et de gestion multi-expander. Les contrôleurs RAID SAS offrent également une maturité que les solutions NVMe n’atteignent pas encore dans certains scénarios : reconstruction prévisible, gestion fine de la parité, cohérence des métadonnées et diagnostics avancés.

Cette compatibilité étendue fait des SSD SAS une solution privilégiée lors des modernisations progressives : migration d’un SAN existant, extension d’une baie hybride ou renouvellement des disques d’un cluster vieillissant. Ils permettent d’améliorer la fiabilité ou la capacité sans réarchitecturer l’ensemble de la plateforme, évitant ainsi un investissement lourd ou une interruption de service.

Pourquoi les SSD NVMe dominent-ils les charges de travail intensives ?

Les architectures NVMe se sont imposées dans les environnements à forte intensité de données grâce à leur capacité à exploiter pleinement le bus PCI Express. Contrairement au stockage basé sur SAS, qui repose sur un protocole séquentiel et une logique de files limitées, NVMe a été conçu pour maximiser le parallélisme, réduire la latence au strict minimum et offrir une scalabilité quasi linéaire avec l’augmentation du nombre de cœurs CPU et de lignes PCIe disponibles. Ces caractéristiques en font la technologie de référence pour les applications exigeant des millions d’IOPS ou nécessitant un temps de réponse extrêmement faible.

PCIe Gen4/Gen5, parallélisme et latence ultra-basse

Les SSD NVMe tirent parti des générations successives de PCIe (Gen3, Gen4 et désormais Gen5), ce qui leur permet d’atteindre des débits largement supérieurs à ceux des SSD SAS. Un SSD NVMe PCIe Gen4 x4 dépasse couramment les 7 Go/s de lecture séquentielle, tandis que les modèles Gen5 franchissent les 12 Go/s. Cette performance brute s’accompagne d’un temps de réponse extrêmement faible, grâce à un protocole allégé réduisant les opérations intermédiaires entre la requête et l’accès aux cellules NAND.

SSD Samsung NVMe avec technologies V-NAND, DRAM, et Controller.

SSD Samsung NVMe avec technologies V-NAND, DRAM et contrôleur dédié pour des performances élevées en datacenter.

Le parallélisme est au cœur de l’avantage NVMe : jusqu’à 64 000 files d’attente indépendantes, chacune capable de traiter 64 000 commandes. Dans les environnements où les processeurs disposent de plusieurs dizaines de cœurs, NVMe permet une exploitation optimale de cette puissance, répartissant les I/O sur l’ensemble des threads disponibles. Les workloads tels que la virtualisation dense, les traitements IA/ML, l’analytique temps réel et les bases de données transactionnelles tirent un bénéfice immédiat de cette architecture.

La réduction de la latence est un autre facteur déterminant : les SSD NVMe affichent fréquemment des temps d’accès inférieurs à 50 microsecondes. Cette performance transforme la réactivité des systèmes applicatifs, notamment pour les micro-services, les clusters Kubernetes, les traitements distribués ou les caches haute performance d’applications critiques.

NVMe-oF et intégration dans les architectures modernes de datacenter

NVMe-over-Fabrics (NVMe-oF) étend le modèle NVMe au stockage distribué, en permettant un accès réseau avec une latence très proche du local. Les infrastructures modernes s’appuient de plus en plus sur NVMe-oF pour mutualiser les pools de stockage haute performance, créer des plateformes désagrégées compute/storage et alimenter des clusters de calcul distribué tout en maintenant une cohérence et une vitesse élevées.

Les datacenters adoptent NVMe-oF pour remplacer progressivement les architectures SAN traditionnelles lorsque les besoins en IOPS explosent ou lorsque le trafic applicatif devient trop dense pour les contrôleurs SAS classiques. Les protocoles comme NVMe/TCP ou NVMe/RoCE offrent une flexibilité importante : le premier permet un déploiement sur des réseaux IP standards, tandis que le second exploite l’accélération RDMA pour une latence minimale.

L’écosystème NVMe bénéficie également d’une intégration plus étroite avec les technologies modernes : orchestrateurs cloud natifs, plateformes de stockage software-defined, clusters hyperconvergés (HCI) et solutions d’IA. Cette convergence renforce son adoption dans les environnements où la charge évolue rapidement et où l’élasticité du stockage doit suivre la dynamique des applications.

Peut-on combiner SSD SAS et SSD NVMe dans une même architecture ?

Les environnements professionnels combinent fréquemment plusieurs technologies de stockage, et l’association SSD SAS / SSD NVMe est devenue courante dans les datacenters. Les deux approches ne répondent pas aux mêmes besoins : le SAS privilégie la continuité de service et la compatibilité avec les baies existantes, tandis que le NVMe vise la performance brute et la réduction de la latence. Une architecture hybride permet donc d’exploiter chaque technologie là où elle apporte une valeur maximale.

Segmentation des usages (hot / warm / cold data)

Dans la majorité des entreprises, les données ne présentent pas le même niveau d’importance ni la même fréquence d’accès. L’une des façons les plus efficaces de combiner SAS et NVMe consiste à segmenter les workloads en plusieurs niveaux de performance :

Données “hot” : requièrent un accès immédiat, faible latence et forte capacité d’IOPS. Les SSD NVMe s’imposent ici pour les bases OLTP, clusters Kubernetes, VDI à forte densité ou traitement IA/ML.
Données “warm” : consultées régulièrement mais moins sensibles à la latence. Les SSD SAS assurent une haute fiabilité et une cohérence de performance sur des applications comme la messagerie, les serveurs de fichiers et les workloads analytiques modérés.
Données “cold” : archivées ou rarement consultées. Selon la politique, elles peuvent rester sur SAS haute endurance, voire sur des supports plus capacitaires comme des HDD dédiés.

Cette hiérarchisation permet ensuite d’optimiser le placement automatique des données via des solutions de stockage software-defined : les blocs fréquemment sollicités basculent sur NVMe, tandis que les données stables restent sur SAS. Le résultat est une architecture qui maximise le rapport performance / coût sans sacrifier la résilience opérationnelle.

Cartes RAID / HBA Tri-Mode et contraintes matérielles

L’intégration simultanée de SSD SAS et NVMe dépend des capacités matérielles du serveur. Les cartes HBA ou RAID dites “Tri-Mode” prennent en charge SAS, SATA et NVMe sur les mêmes connectiques, ce qui simplifie le déploiement d’architectures hybrides. Elles détectent automatiquement le type de média et appliquent le protocole adéquat sans nécessiter une configuration complexe.

Main insérant un SSD NVMe Western Digital Ultrastar DC SN655 dans un serveur.

Installation d’un SSD NVMe Western Digital Ultrastar DC SN655 dans un serveur, exploité via contrôleur compatible RAID ou HBA Tri-Mode.

Toutefois, les contraintes de câblage et d’emplacement restent déterminantes : les SSD NVMe nécessitent des lignes PCIe dédiées. Si un serveur ne dispose pas d’assez de lanes disponibles, certains slots NVMe peuvent fonctionner en mode réduit, ce qui limite les performances. Les serveurs multi-nœuds et châssis denses doivent donc veiller à équilibrer la distribution PCIe pour éviter les saturations ou les conflits de ressources.

Les contrôleurs RAID traditionnels offrent une grande maturité côté SAS (reconstruction, parité, cohérence des métadonnées), mais le RAID matériel pour NVMe reste plus complexe et moins homogène selon les fabricants. De nombreuses architectures NVMe s’appuient désormais sur le RAID logiciel (mdadm, ZFS, Storage Spaces Direct, Ceph) pour offrir une flexibilité supérieure et contourner les limitations des contrôleurs matériels.

Comparatif SSD SAS vs SSD NVMe : performances, sécurité et coût total de possession

Le choix entre SSD SAS et SSD NVMe repose sur un arbitrage entre performance, endurance, disponibilité, évolutivité et coût opérationnel. Les deux technologies se comportent différemment selon les charges de travail, et leur impact sur le TCO d’un environnement professionnel peut varier fortement en fonction de la densité, des cycles d’écriture, du refroidissement ou de la complexité logicielle. Une comparaison structurée permet d’orienter les décisions techniques en fonction du contexte métier et des priorités opérationnelles.

Analyse des performances selon les cas d’usage (DB, VM, VDI, IA)

Les workloads professionnels ne sollicitent pas tous le stockage de la même manière. Les environnements transactionnels mettent en avant la latence, la virtualisation impose un parallélisme massif, les environnements IA nécessitent un débit élevé pour alimenter les pipelines, tandis que les serveurs de fichiers privilégient la capacité et la régularité. Le tableau ci-dessous synthétise le comportement des SSD SAS et NVMe dans plusieurs cas d’usage représentatifs.

Cas d’usage SSD SAS SSD NVMe
Bases OLTP / SQL Performance stable, latence modérée, bonne endurance Latence très faible, IOPS massives, idéal pour transactions rapides
Virtualisation (VM) Bonne cohérence, adapté aux clusters large capacité Parallélisme élevé, densité VM supérieure, réduction des temps de boot
VDI Supporte les environnements de taille moyenne Idéal pour les tempêtes d’I/O, meilleure expérience utilisateur
IA / Machine Learning Suffisant pour l’archivage ou les datasets intermédiaires Débits extrêmes, alimentation continue des GPU/TPU
Stockage de fichiers Grande homogénéité, longévité élevée Moins pertinent pour workloads linéaires ou peu parallélisés

Comparatif synthétique des performances relatives des SSD SAS et SSD NVMe sur plusieurs charges de travail typiques (bases OLTP, virtualisation, VDI, IA/ML).

Dans la majorité des environnements exigeants, NVMe apporte un avantage significatif en termes de latence et de débit, surtout lorsque la charge comprend des milliers de threads concurrents ou des accès aléatoires intensifs. SAS reste préférable pour les infrastructures cherchant avant tout la résilience opérationnelle, une endurance prévisible et une intégration complète avec les contrôleurs RAID matériels.

TCO sur 5 ans : coût, consommation, densité et exploitation

Le coût total de possession ne dépend pas uniquement du prix unitaire du SSD. Il intègre la consommation énergétique, la densité disponible par serveur, le besoin en refroidissement, la maturité des outils de supervision et la complexité de l’exploitation. Les différences structurelles entre SAS et NVMe influencent directement le dimensionnement des clusters et les coûts opérationnels associés.

Critères SSD SAS SSD NVMe
Coût initial Modéré Plus élevé, surtout en Gen4/Gen5
Consommation électrique Faible à modérée Plus élevée, dépend fortement du contrôleur
Refroidissement Relativement simple Nécessite un flux d’air optimisé, risques de throttling
Densité par serveur Très élevée grâce aux backplanes SAS Dépend du nombre de lanes PCIe disponibles
Complexité d'exploitation Maturité élevée, gestion centralisée Plus exigeant (supervision, firmware, topologie PCIe)
Longévité Très élevée, comportement stable Variable selon les gammes, forte dépendance au contrôleur

Visualisation du coût total de possession sur 5 ans entre SSD SAS et SSD NVMe : coût initial, consommation, refroidissement, densité, simplicité d’exploitation et longévité.

Sur cinq ans, les environnements NVMe apportent un gain significatif pour les charges intensives, mais peuvent nécessiter un investissement plus important en refroidissement, supervision et ajustement de topologie PCIe. Les architectures SAS restent plus accessibles, plus homogènes et offrent une excellente stabilité opérationnelle dans des environnements où la prévisibilité et la continuité de service priment.

Comment choisir entre SSD SAS et NVMe selon votre contexte métier ?

Le choix entre SSD SAS et SSD NVMe doit être fait en fonction du profil de charge, de la criticité métier, de la maturité de l’infrastructure et des contraintes budgétaires. Il n’existe pas de réponse unique : dans certains contextes, le SAS reste la solution la plus cohérente, dans d’autres le NVMe devient indispensable, et dans beaucoup de cas un modèle hybride offre le meilleur compromis. L’objectif est de positionner chaque technologie au bon endroit, en évitant à la fois la sous-exploitation et la sur-spécification du stockage.

Scénarios types (PME, ETI, grands comptes, hébergeurs)

Selon la taille de l’organisation et la nature des workloads, le rôle du SAS et du NVMe varie. Les scénarios ci-dessous donnent des repères concrets pour orienter les choix.

  • PME avec serveur unique ou petite grappe de serveurs : priorités à la fiabilité, à la simplicité et au budget. Les SSD SAS répondent bien aux besoins de virtualisation modérée (quelques VM), de fichiers partagés et de bases de données internes. Le NVMe peut être réservé à un volume applicatif critique (base de données centrale, ERP, application métier sensible).
  • ETI avec plusieurs sites et workloads mixtes : coexistence d’applications historiques, de virtualisation importante et de projets analytiques ou IA en phase de montée en charge. Une approche hybride est généralement la plus adaptée : SAS pour les volumes partagés, sauvegardes, messagerie et fichiers, NVMe pour les clusters de virtualisation denses, les bases OLTP et les workloads analytiques.
  • Grands comptes et datacenters internes : besoins massifs en IOPS, segmentation fine des services, multiples environnements (dev, test, prod) et contraintes de disponibilité élevées. Le NVMe devient central pour les plateformes critiques (bases financières, temps réel, e-commerce, IA), tandis que SAS reste pertinent pour les couches intermédiaires, les référentiels, les journaux applicatifs et certains environnements de préproduction.
  • Hébergeurs, MSP, fournisseurs de services cloud : forte densité de VM et de conteneurs, multi-tenant, exigences fortes de réactivité applicative. NVMe s’impose pour les plateformes à forte densité et les services premium, mais le SAS conserve une place pour les offres mutualisées standard, les services de fichiers et les solutions de sauvegarde rapide sur disque.
  • Environnements industriels et réglementés : priorité à la stabilité, à la traçabilité et aux cycles de vie longs. Les SSD SAS sont souvent privilégiés pour leur comportement prévisible, leur intégration native dans les baies éprouvées et la facilité de support à long terme, avec un recours au NVMe ciblé sur quelques applications à très forte contrainte de temps de réponse.

Dans tous les cas, il est pertinent de raisonner en "classes de service" de stockage plutôt qu’en produit isolé : chaque classe associe un niveau de performance, de résilience et de coût, avec des engagements clairs envers les équipes applicatives.

Recommandations pratiques pour DSI et administrateurs systèmes

Au-delà des chiffres de débits et d’IOPS, le choix entre SAS et NVMe doit être piloté par quelques questions simples : quelles applications ne supportent pas la latence ? quels services doivent rester disponibles en toute circonstance ? quelles sont les contraintes de refroidissement et de densité dans les baies et châssis existants ? quelle est la capacité de l’équipe à opérer une plateforme NVMe plus complexe ?

  • Cartographier les workloads : identifier les applications sensibles à la latence (bases transactionnelles, moteurs de recherche, front web critiques, IA), les workloads principalement séquentiels (sauvegardes, fichiers volumineux) et les environnements tolérant une latence plus élevée (archives, logs anciens).
  • Définir des niveaux de performance : par exemple, un niveau "critique" à base de NVMe, un niveau "standard" en SAS, et un niveau "capacitaire" éventuellement en SAS haute capacité ou HDD pour le froid. Les SLA de stockage sont alors alignés sur ces niveaux.
  • Valider les contraintes matérielles : vérifier le nombre de lignes PCIe disponibles, la prise en charge des disques NVMe par les châssis, backplanes et firmwares, ainsi que la possibilité d’exploiter des HBA ou contrôleurs Tri-Mode pour combiner SAS et NVMe dans les mêmes serveurs.
  • Intégrer le refroidissement dans la décision : prévoir le flux d’air et la dissipation thermique nécessaires pour les cartes NVMe, surtout en PCIe Gen4/Gen5, afin d’éviter le throttling qui annule une partie de l’avantage en performance.
  • Choisir le bon modèle d’exploitation : RAID matériel classique pour SAS, ou combinaison NVMe + RAID logiciel / stockage distribué pour les architectures modernes. Il est important d’aligner ce choix avec les compétences de l’équipe et les outils de supervision disponibles.
  • Planifier une transition progressive : dans les environnements déjà fortement investis en SAS, il est souvent optimal de commencer par introduire le NVMe sur quelques workloads cibles (clusters de virtualisation, bases critiques), puis d’étendre progressivement en fonction des gains constatés.

Une stratégie réaliste consiste à conserver le SAS comme socle robuste pour les services de base et les données à long cycle, tout en déployant le NVMe là où les besoins de performance sont avérés et mesurables. Ce modèle réduit les risques, lisse les investissements et permet d’ajuster la trajectoire au rythme de l’évolution des usages.

FAQ – SSD SAS vs NVMe

Les SSD NVMe sont-ils toujours compatibles avec un serveur déjà équipé en SAS ?

Non. Un serveur équipé en SAS ne supporte pas automatiquement le NVMe. Il faut vérifier la présence de slots PCIe adaptés, de backplanes compatibles NVMe ou de contrôleurs Tri-Mode. Dans certains cas, l’ajout de cartes PCIe dédiées est nécessaire, voire un changement de châssis si le serveur est trop ancien.

Dans quels usages un SSD SAS reste-t-il préférable à un SSD NVMe ?

Les SSD SAS sont souvent préférés pour les workloads où la priorité est la stabilité et la continuité de service : stockage de fichiers, messagerie, serveurs d’applications généralistes, référentiels et systèmes soumis à une forte contrainte réglementaire. Leur intégration avec les baies SAN et les contrôleurs RAID matures en fait une solution robuste pour les environnements où la performance extrême n’est pas le premier critère.

La durée de vie d’un SSD NVMe est-elle inférieure à celle d’un SSD SAS ?

La durée de vie dépend surtout de la gamme, du type de NAND et du profil d’écriture. Les SSD SAS restent généralement orientés vers une endurance élevée et un comportement stable, tandis que les SSD NVMe couvrent un spectre plus large, des modèles très endurants aux gammes plus orientées performance brute. Pour des charges intensives en écriture, il est recommandé de comparer les valeurs d’endurance (DWPD, TBW) plutôt que de se limiter au protocole.

Les SSD NVMe nécessitent-ils un refroidissement spécifique en datacenter ?

Oui, surtout en PCIe Gen4 et Gen5. Les SSD NVMe dégagent plus de chaleur et sont sensibles au throttling thermique. Il est nécessaire de garantir un flux d’air suffisant, de respecter les recommandations constructeur en matière de température et de vérifier que la densité de disques par châssis reste compatible avec la ventilation disponible.

Peut-on utiliser le même RAID pour des SSD SAS et des SSD NVMe ?

En pratique, il est déconseillé de mélanger SAS et NVMe dans le même groupe RAID. Les caractéristiques de latence et de débit étant très différentes, le volume se comportera généralement au niveau du maillon le plus lent. Il est préférable de séparer les groupes de disques par technologie et d’utiliser éventuellement des cartes Tri-Mode ou du RAID logiciel pour gérer des pools distincts.

Est-il possible de combiner SSD SAS et NVMe dans la même architecture de stockage ?

Oui, c’est même un modèle courant. Les SSD SAS peuvent servir de couche "warm" ou "capacitaire" fiable, tandis que les SSD NVMe constituent la couche "hot" dédiée aux workloads critiques. Les solutions de stockage software-defined ou les contrôleurs Tri-Mode permettent de gérer plusieurs classes de service au sein d’une même architecture, à condition de bien séparer les pools et d’éviter les mélanges hasardeux.

Comment migrer progressivement d’une infrastructure 100% SAS vers une architecture incluant du NVMe ?

La démarche la plus sûre consiste à introduire le NVMe sur un périmètre limité mais critique (par exemple un cluster de virtualisation ou une base de données métier), à mesurer les gains, puis à étendre progressivement. La cohabitation SAS/NVMe est gérée par la création de nouvelles classes de service, en évitant de déstabiliser les baies et SAN existants. Une attention particulière doit être portée à la topologie PCIe, au refroidissement et aux procédures de supervision.

Main touchant une icône SSD entourée de symboles technologiques.

Illustration des technologies SSD intégrées au cœur des infrastructures professionnelles modernes.